Quand avez vous su que vous consacreriez votre vie à l’Art ?
C'était à la terrasse du Majou, un café du 17ème arrondissement à Paris. À une époque lointaine et insouciante, un temps où avec 10 francs on pouvait s'offrir un paquet de cigarettes, prendre un café, jouer au flipper et même, il restait un peu de monnaie. Je me souviens encore de cette sensation d'avoir une vie qui vous attend. Quoi en faire, je savais pas trop, mais sur le papier du sucre j'avais écrit  ; je veux être libre, sincère et partager. Ça s’appellerait pas artiste  ? J'aurais pu essayer compositeur, écrivain aussi bien que clown, si j'avais eu quelque talent. Il se trouve que j'avais une certaine facilité pour le visuel. Ce sera donc peintre. Libre et sincère avais-je dit ? Il était urgent de se débarrasser des détails financiers pour échapper à toute compromission. Ce que je fis en vendant mon âme à la publicité pendant une quinzaines d'années.

En tant qu’artiste, comment vous définiriez vous ?
Les artistes, c'est comme les toiletteuses pour chien, il en faut. C'est pas indispensable, mais il en faut. Je me considère comme une fonction support pour la bande de chimpanzés 2,0 que nous sommes. Ma place est celle du suricate sentinelle, humant l'air et tenter de transmettre son parfum à la troupe.

Comment êtes vous parvenu à la finalisation de votre empreinte ?
Je vous dirais quand j'aurais fini, si je fini un jour. Mais je peux parler du chemin : A mes débuts, les indiens m'aurait sans doute surnommé Cheval-Foufou. En ce moment je serai plutôt Chat-Qui-Chuchotte. J'affine mon trait, cherche la ligne juste, espérant atteindre la cheville de Phil Collins qui en génie de la batterie frappe la bonne note et pas une de trop. De même pour les couleurs, je les choisis en fonction de ce qu'elles racontent et non suivant des critères «  esthétiques  ». C'est pour un objectif  : créer un masque car je respecte trop le regardeur pour lui jeter à la figure ce que je raconte en sous-jacent. Libre à lui de m'appeler Oeil-Perché.

Que souhaitez vous montrer/démontrer à travers votre Art ?
Je parle de ce segment de temps qu'est la vie et surtout de ses habitants. On pourrait imaginer mes peintures comme les captures d'écran d'une vidéo, mais toujours ratées  : soit avant l’événement, soit après. Si on voit une belle savane, il faut imaginer la gazelle qui est passée, ou va passer. Finalement, je me rends compte que je suis un fabriquant de panneaux de signalisation «  Attention, la vie est ici  ». Pas la peine de sortir Épicure de sa tombe pour autant.

Quelle est l’œuvre phare de votre création ?
J'échappe pas à la règle, c'est toujours la dernière. Je ne parle que de peinture deouis le début mais pour le coup, c'est une sculpture  : «  en route vers le destin». Elle parle d'un personnage qui pénètre le temps, armé de tous les équipements de réalité augmenté indispensables aujourd'hui, ultra connecté, ultra réactif, ultra tout. Et pourtant, le temps reste à vistesse constante. Pas la peine non plus de sortir Einstein de sa tombe pour autant.

Quelle est l’œuvre qui a bouleversé votre vision de l’art ?
Pas une œuvre en particulier, cela dit je dois beaucoup à la bande de la figuration libre. Je n'aurais pas osé toucher un pinceau si elle n'avait pas existé. Pour moi, ça a été un bouleversement de voir cette liberté sans calcul. Total punk  : prends ta guitare, et tout à fond  !

Quel artiste vous fascine ?
Phil Collins, Terry Killians, Ken Follet  : tous ceux qui savent créer des univers et parler de nous. Dans le domaine des arts visuels, c'est plus compliqué  : la magie est cassée, filtrée par le prisme du métier  : on ne reçoit plus l'oeuvre avec une émotion émerveillée, je peux pas m'empécher d'avoir un regard analytique, je n'arrive pas à me laisser porter. Pire, les grands maîtres sont déprimants  : une visite au Louvre suffit pour tout laisser tomber pendant 10 jours, à quoi bon  !

Une époque, un mouvement artistique qui vous inspire ?
Quelle époque  ? Ben la mienne, ça tombe bien, je vis dedans. Je suis un artiste normal, entouré de vrais gens  : une femme craquante, un comptable tatillon, un transporteur qui n’érafle par les toiles (si, ça existe !), bref toute une humanité. Et c'est justement elle qui m'inspire, pour ça que j'aime les commandes. Enfin, à ma manière  : ce que j'aime c'est la rencontre, ne pas parler d'un sujet, mais juste passer un moment, mettre dans une petite boite l’atmosphère. Puis la traduire avec des lignes et des couleurs.

Alfredo Lopez 2005-2016